Création d’une nouvelle alliance aérienne russe

En ces temps difficiles pour l’aéronautique mondiale, créer une nouvelle compagnie est une issue atypique, voire contre-intuitive. C’est pourtant le modèle que compte explorer la Russie.

Comme le rapporte nos confrères d’Aviation Week, le gouvernement russe prévoit de créer une nouvelle compagnie aérienne qui devrait fournir des services entre les régions éloignées de l’Extrême-Orient du pays. Cette compagnie reposera sur une alliance entre les compagnies aériennes qui opèrent déjà dans cette partie du pays. Son nom ? Aurora, une joint-venture entre le plus grand transporteur russe, Aeroflot, à hauteur de 51%, et le gouvernement de Sakhaline (49%). Polar Airlines et Yakoutia, deux autres compagnies locales, pourraient rejoindre le deal. A elles deux, ces compagnies desservent « 90 destinations longue distance et 192 destinations locales », indique la communication officielle… sans que l’on en connaisse la rentabilité.

Crédit : © Anna Zvereva

La nouvelle alliance, dans son ensemble, ont transporté au total près de 2,5 millions de passagers en 2019. Aurora était la plus grande avec 1,6 million de passagers. La flotte, quant à elle, est pour le moins hétérogène : Aurora exploite 10 Airbus A319 aux côtés de 16 biturbopropulseurs Havilland, neuf DHC-8 et sept DHC-6; Yakoutia possède cinq Boeing 737NG, quatre Sukhoi Superjet 100 et quatre DHC-8; Polar, fondée en 1997, 19 hélicoptères Mil Mi-8, 15 Antonov An-24/26 et quelques petits avions. Un seul accident grave semble affecter la compagnie, survenu en juillet 2013.

Moscou doit encore approuver les modalités de création d’Aurora. Environ 420 millions d’euros devraient lui être attribués dans le cadre d’un plan de relance post COVID. Sa création vise également à soutenir la fabrication d’avions russes, le nouveau transporteur devant acheter une soixantaine de Superjet. Avis aux pilotes en manque de nouveaux défis !

Plan social Airbus : 15’000 emplois, 5’000 en France

« Sans précédent ». C’est le mot qui revient le plus souvent pour qualifier le plan social annoncé début juillet par Airbus, en réaction à la pandémie. Pour mémoire, l’avionneur n’a enregistré aucune commande depuis le mois d’avril mais a livré 36 avions en juin. La cadence de production a été diminuée de 30%, celle des sous-traitants a suivi la baisse.

Le chômage partiel longue durée est envisagé, au même titre que les départs anticipés en retraite – en somme, toutes les mesures qui permettraient d’éviter les licenciements secs au sein d’un groupe prospère qui, jusque-là, n’avait jamais connu une telle perspective. Un choc pour l’Occitanie où près de 100’000 personnes travaillent dans l’aéronautique – et de sombres présages pour toute une région que ne parviendra probablement pas à sauver le plan de 15 milliards d’euros promis par le gouvernement.

A titre de comparaison, seule l’Allemagne sera (à peine) plus touchée, avec 5100 licenciements. Royaume-Uni et Espagne seront moins touchés. « Nous devons faire face à la réalité que 40 % de notre activité dans le secteur des avions commerciaux a disparu et qu’il faudra très probablement beaucoup de temps pour remonter, nous devons donc prendre des mesures décisives maintenant », a indiqué le président exécutif du groupe Guillaume Faury. « Nous attendons d’Airbus qu’il utilise pleinement les instruments mis en place par le gouvernement pour réduire le nombre de suppressions d’emplois », a répondu Bercy via l’AFP.

Dans l’immédiat, les salariés ont déjà fait preuve de leur mécontentement, avec une (très) longue marche de 4 kilomètres sur le site de Toulouse, réunissant près de 8’000 personnes et où devraient être licenciées 3400 salariés – un vrai choc pour des salariés à qui l’on demandait il y a 4 mois d’accélérer les cadences pour faire face à un carnet de commandes plein pour les 8 ans à venir. Airbus n’avait, jusqu’à présent, jamais opéré de licenciement sec. Les négociations s’engagent actuellement pour une première durée de 4 mois.

Petite nouvelle et grands enjeux : Honeywell s’engage dans les drones

L’actualité n’est pas (que) constituée de grands titres. Souvent, les signaux faibles sont visibles par quelques lignes, par une dépêche qui passe sous les radars, une annonce parmi d’autres. C’est le cas de celle d’Honeywell ce 15 juin. Elle nous apprend que l’entreprise, mastodonte de plus de 40 milliards de dollars présente dans le nucléaire comme dans l’aérospatiale, vient de créer une unité entièrement dédiée au pilotage de « systèmes aériens sans pilote ». Autrement dit, de drone.

Pourquoi un tel sujet dans nos colonnes ? Parce qu’il est aujourd’hui acté que les pilotes d’aviation vont progressivement devoir partager leur espace avec ceux de drones. Dans notre dernier épisode en date, Guillaume nous expliquait d’ailleurs que certains pans de son métier de travail aérien allaient inévitablement basculer en mode « sans pilote ».

Hexacopter drone carrying a shipment in a city.

Si l’aviation actuelle est presque intégralement consolidée entre moins de 5 avionneurs majeurs et tout autant de motoristes, en termes de drone, tout reste à faire. Il est d’ailleurs intéressant que ces deux ensembles, quasi oligopolistiques, ne s’engagent pas ou peu sur le marché du drone – non pas celui de loisirs mais celui, beaucoup plus porteur, à usage professionnel. Les exemples ne manquent pas : eVTOL, taxis aériens, fret aérien, sans parler des usages militaires de projection, frappe ou observation.

Air Force officials are seeking volunteers for future training classes to produce operators of the MQ-1 Predator unmanned aircraft. (U.S. Air Force photo/Lt Col Leslie Pratt)

Devant cette absence de mouvement des acteurs aéronautiques traditionnels, Honeywell a donc décidé de prendre les devants. Stéphane Fymat, le chef de cette nouvelle division chez Honeywell, a déclaré s’attendre à ce que le marché du matériel et des logiciels pour les taxis aériens urbains, la livraison de marchandises par drone et d’autres entreprises de drones atteigne 120 milliards de dollars d’ici 2030. En précisant que Honeywell aurait prétention à se positionner sur 20% de cette manne, donc potentiellement 24 milliards de dollars – près de la moitié du chiffre d’affaires total de l’entreprise actuellement. Pour en capter le plus large spectre, la branche de capital-risque de Honeywell a également investi dans AirMap en Californie, pour un système de contrôle du trafic aérien sans pilote pour les drones, et Daedalean, basé en Suisse, qui développe des commandes de vol autonomes.

Au final, loin de converger, l’industrie du drone et de l’aéronautique traditionnelle n’en suive pas moins le même chemin : des acteurs spécialisés, dissociant l’ingénierie embarquée de la construction des appareils eux-mêmes. Et l’annonce d’Honeywell n’est pas due à un hasard du calendrier : la pandémie a redonné un coup de projecteur massif sur les drones, notamment sur ceux capables de livraison par les airs, sans contact.

Rolls-Royce : 8000 moteurs…et 9000 emplois

Les conséquences de la crise sont parfois inattendues et prennent toute l’industrie aéronautique de cours…y compris ses services de communication. Le géant motoriste Rolls-Royce vient d’en faire l’étrange expérience. La vénérable entreprise, dans l’univers de la propulsion depuis 1914, est aujourd’hui l’un des plus importants motoristes d’aviation au monde, aux côtés de General Electric (GE), de United Technologies (UTC) avec sa filiale Pratt & Whitney (PW) et de Safran – ces quatre entreprises étant les seules à savoir et pouvoir réaliser un moteur de A à Z. 

Or, coup sur coup, Rolls-Royce a triomphalement annoncé son 8000ème moteur sorti de son usine de Dahlewitz (Allemagne)…et la suppression de 9000 salariés minimum, soit 17% de ses quelques 52’000 employés. Ce seul plan social permettra 700 millions d’économies, aux côtés d’une restructuration globale qui, au final, générera 1,45 milliard d’euros d’économies annuelles, sur un CA de 16,7 milliards d’euros en 2018. 

Sur le 8000ème moteur produit à Dahlewitz, Rolls-Royce s’est réjoui « de cette réalisation, qui résulte de 25 ans de travail acharné et dévoué de notre équipe de Dahlewitz », selon le directeur de Rolls-Royce Business Aviation et président de Rolls-Royce Deutschland Dirk Geisinger. « Et je suis particulièrement fier de nos employés qui se sont engagés, même en ces temps sans précédent, à fournir des produits de classe mondiale et à soutenir notre clientèle mondiale ». Le site de Dahlewitz compte environ 3’000 salariés. Mais il n’y aura pas eu un mot pour les 9’000 autres qui sont en train d’être licenciés. 

La vidéo du jour : l’envol d’une réplique de Concorde de 10 mètres

Impressionnant. Le bruit, l’envergure, la finition…et le calme d’Otto Widlroither, ce fan allemand du Concorde et qui en a fait une réplique de 10 mètres de long et 4 mètres d’envergure, soit une gigantesque maquette volante au 1/6ème. Sur cette vidéo, l’homme fait décoller, longuement voler et atterrir sa création.

La fidélité du bruit aux Olympus 593 originaux, turboréacteurs Rolls-Royce / Snecma, est presque troublante. La maquette est entièrement faite en fibre de carbone et emporte un réservoir de 30 L. Il aura fallu un an de développement logiciel et deux ans de construction pour que décolle de Mühldorf am Inn, en Bavière allemande, ce fier Concorde estampillé Air France. Le coup franco-allemand a de beaux jours devant lui !